Cul & Sexe
confession

Salope, et alors ? Ma confession

On me l'a jeté un soir comme une gifle. Un type que je venais de quitter, vexé que je ne rappelle pas, qui a lâché ce mot en dernier recours, croyant qu'il allait me clouer sur place. « Salope. » Je me souviens exactement du silence qui a suivi, de ce qu'il attendait de moi — que je blêmisse, que je me défende, que je rentre sous terre. J'ai souri. Et ce sourire-là, vingt-six ans plus tard, ne m'a plus jamais quittée.

Je n'ai pas gardé ce mot pour provoquer les gens à qui je ne dois rien. Je l'ai gardé parce qu'il dit, mieux que n'importe quel autre, ce que je suis réellement : une femme qui aime le sexe sans s'en excuser, qui préfère le nommer plutôt que le taire, qui trouve dans le mot cru une honnêteté que la pudeur n'a jamais su m'offrir.

Ce qu'on m'a appris à cacher

On m'a élevée, comme beaucoup de filles, à ranger le désir dans une case discrète : on peut l'avoir, à condition de ne jamais le montrer. Dire qu'on aime le sexe, le vrai, celui qui mouille et qui gémit fort, ça faisait de nous des filles faciles. Se taire faisait de nous des filles bien. J'ai mis des années à comprendre que cette case n'avait jamais été construite pour me protéger, mais pour que je reste petite.

Le jour où le mot m'a été craché dessus, j'ai enfin vu la faille. Ce type ne me reprochait pas d'être une salope. Il me reprochait de ne pas avoir eu envie de lui une deuxième fois, et d'assumer ce refus sans trembler. Le problème n'était pas mon désir. C'était le sien, blessé, qui cherchait un mot pour me faire payer ma liberté.

Jeune femme allongée dans une lumière tamisée, carnet de confessions ouvert
Ce carnet, c'est l'endroit où je n'ai plus besoin de choisir mes mots.

Ce que j'aime, dit sans détour

Alors autant l'écrire clairement, une bonne fois : j'aime le sexe cru, parlé, assumé. J'aime dire ce que je veux avant qu'on ait à le deviner. J'aime entendre les mots aussi, ceux qu'on n'ose jamais prononcer dans un dîner, ceux qui font monter le rouge aux joues et le reste avec. Certains soirs je mène, je décide, j'impose le rythme. D'autres soirs je me laisse faire entièrement, et cette reddition-là n'a rien d'une faiblesse — c'est un choix, tout aussi net que l'inverse.

Je refuse désormais de trier mes envies selon ce qu'elles disent de moi aux yeux des autres. Une salope, dans ma bouche, ce n'est plus une insulte : c'est une femme qui sait ce qu'elle veut et qui le dit avant qu'on lui pose la question.

La nuit où j'ai tout dit à voix haute

Il y a eu une soirée précise où ce mot est devenu autre chose qu'une idée. J'étais seule, l'appartement silencieux, et pour une fois je n'ai rien retenu. J'ai dit tout haut, sans personne pour m'entendre juger, chaque détail que je gardais habituellement pour moi — ce que j'imaginais, ce que je réclamerais si on me le demandait, ce que ce mot représentait vraiment dans ma bouche à moi. Ça ressemblait, en un sens, à ce que je raconte dans cette nuit où j'ai joui au téléphone : la voix qui libère ce que le silence retient depuis trop longtemps.

Se dire salope à voix haute, seule, sans personne pour approuver ou condamner — c'est peut-être la phrase la plus honnête que je me sois jamais adressée.

J'ai fini, cette nuit-là, sur une ligne de salope au tel, à dérouler devant un inconnu tout ce que je venais de m'avouer à moi-même. Aucune honte, aucun filtre — juste les mots exacts, enfin dits dans l'ordre où ils venaient. Je n'ai jamais raccroché aussi essoufflée.

Alors oui, salope, et alors ? Je porte ce mot comme on porte une clé qu'on a mis vingt-six ans à se fabriquer. Il n'ouvre plus une insulte. Il ouvre exactement ce que je suis.

Anaïs
vingt-six ans, et plus aucun mot ne lui fait baisser les yeux.